Si ses débuts officiels en tant que DJ en Haïti remonte véritablement à trois ans mais sa connexion avec la platine date de sa plus jeune enfance, plus précisément après sa première communion. Kemissa voit dans son métier l’occasion de vivre non seulement sa passion, la musique mais surtout l’opportunité d’ouvrir la voie et d’encourager les autres femmes intéressées par des domaines largement dominés par des hommes à poursuivre leur objectif.

Juriste, citoyenne engagée pour la préservation de l’environnement et activiste pour l’atomisation des femmes, Kemissa Tercile est une femme, comme vous pouvez le remarquer, engagée. Malgré tout, elle trouve le moyen de vivre à fond sa passion, la musique d’autant plus que plus d’un la connaisse comme DJ, DJ Kemissa. Agencer ces deux passions n’a pas toujours été facile. Pour affronter les difficultés qui viennent avec ces deux métiers, il lui a fallu de l’audace, de la persévérance et de la discipline : « Il m’a fallu garder un équilibre pour que l’un n’ait pas des conséquences négatives sur l’autre. » D’ailleurs, nous parlons pratiquement d’un domaine dominé par des hommes.

De ce fait, DJ Kemissa voit dans son métier l’opportunité de motiver d’autres filles dont leurs rêves sont, souventes fois, intimement liés à des domaines traditionnellement dominés par des hommes : « Je n’ai pas que les jeunes DJ filles à me contacter. Elles sont nombreuses celles qui possèdent toute sorte de talents qu’elles n’osent pas suivre parce qu’il s’agit pas traditionnellement des métiers de femmes. Je suis fière de pouvoir les inspirer. »

Si ses débuts remontent officiellement à trois ans en Haïti, Kemissa s’est toujours intéressée à la platine et ce dès son plus jeune âge, plus précisément après sa première communion : « Après ma première communion, le Dj avait laissé ses appareils à la maison pour venir les récupérer. C’est l’époque ou il fallait transporter de grands équipements lourds et de grandes boîtes de disques. Me voilà le lendemain faisant fonctionner toute la machine en répétant des morceaux. (Rires). Tout cela pour dire que ma passion pour la musique remonte dès mon plus jeune âge. » Cette passion s’est transformée en rêve surtout lorsqu’il a fallu à Kemissa de poursuivre ses études en Europe où elle était exposée au phénomène DJ Star : « Le DJ est une bête de scène qui fait vibrer une foule entière. C’est ce qui m’a attiré en premier lieu. C’est un instant inexplicable d’avoir une communication parfaite avec son public et je suis fière d’avoir pu le réaliser ! Je veux le faire devant des millions de gens à travers le monde… »

Kemissa veut néanmoins garder sa tête sur ses épaules et ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Elle reconnait qu’il lui faudra beaucoup travailler : « C’est facile pour moi de capter un public que je connais bien mais quand il me faut sortir de ma zone de confort, c’est une toute autre histoire. Ce challenge me pousse à me donner à fond ! » En sortant de sa zone de confort, DJ Kemissa se retrouve dans les zones de province. Celle qui veut couvrir les dix départements du pays en déjà couvert le tiers ne retrouve pas l’effet de la foule en délire dans les zones de province : « …C’est le plus souvent de la curiosité. Déjà pour les gens, c’est surprenant que je sois une femme. Je suis peut-être en train de révolutionner cette conception. Aussi j’ai eu la chance d’avoir des promoteurs à croire en mon potentiel. »

Même si elle fait partie des trois Dj femmes les plus connus, parce qu’elle est femme, les critiques à son endroit peuvent s’avérer beaucoup plus sévères surtout son choix d’utiliser sa plateforme comme espace de valorisation des femmes n’est pas toujours populaire. Que voulez-vous, notre société demeure encore très machiste ! Elle se doit de se prouver constamment néanmoins elle voit dans ce défi l’opportunité de tracer le chemin pour les générations montantes. Elles n’auront peut-être pas autant à batailler !

Parlant de ses projets, DJ Kemissa, pour qui l’afro house est l’un de ses genres musicaux préférés à cause du rythme haïtien à travers le mixage et les sons de tambours, promet un morceau original avant la fin de l’année mais a préféré ne pas en dire plus afin de ne pas gâcher la surprise : « C’est clair qu’un DJ, pour s’imposer, aujourd’hui, doit présenter une production originale et le public peut s’attendre à ce que je présente un morceau original avant la fin de l’année… »

DJ d’abord puisqu’il s’agit selon elle d’une passion innée, Kemissa est cette jeune juriste rapprochant deux métiers, à première vue, opposés. Comme Master Dji, elle est aussi cette pionnière faisant de son rêve la clef ouvrant la voie vers de meilleurs lendemains pour les générations montantes. Elle fait surtout partie de ces gens utilisant la musique comme pion pour faire bouger les lignes.

Alain Délisca

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